ce texte a été repris quasiment tel quel d'un de mes posts sur le siteduzero. Ne vous étonnez donc pas du style un peu familier (tutoiement inclus)

Pour le logiciel libre, il y a en gros deux types d'arguments : les arguments idéologiques, et les arguments technologiques. En général, on désigne ces deux tendances par le "Logiciel libre" et l' "open source" (mais c'est une nuance un peu subtile, qui peut changer, par exemple la définition d'"open source" par l'Open Source Initiative n'est pas du tout comme ça (d'ailleurs je te conseille de la lire). L'autre définition, la plus communément utilisée, du logiciel libre est donnée par la Free Software Foundation).

Arguments technologiques en faveur du logiciel libre

Les arguments technologiques sont assez nombreux. Le principe de base c'est de promouvoir un mode de création communautaire du logiciel. Les effets sont en général bénéfiques :

Si tu veux une présentation des qualités techniques du noyau Linux (un bon exemple de réussite des logiciels libres : dans son domaine c'est le meilleur programme qui existe, et il est massivement utilisé par l'industrie (embarqué, etc...)) : Myth, Lies and Truth about the Linux kernel

Arguments idéologiques en faveur du logiciel libre

Les arguments idéologiques sont aussi assez nombreux. Ils sont beaucoup plus subjectifs mais vraiment très importants (personnellement, c'est ça qui me plaît le plus dans le Logiciel Libre, c'est pour ça qu'on dit que je suis "extrémiste", mais bon, j'assume :D )
L'idée fondamentale est la suivante : un logiciel, c'est du savoir. Tant que tu n'as pas compris ça, tu ne peux pas comprendre la plupart des militants du logiciel libre. ça demande une certaine connaissance de l'informatique pour s'en rendre compte (de l'extérieur, un logiciel est uniquement un outil, qui permet d'accomplir une tâche), et ça peut sembler un peu réducteur (par exemple entre deux logiciels quasiment identiques, les graphismes peuvent faire la différence, et c'est difficile d'assimiler des graphismes à de la connaissance, même si en fait c'est le cas). C'est pourtant l'idée fondamentale : un logiciel, c'est de la connaissance. C'est vrai pour tous les aspects du logiciel : le code source en lui-même, mais aussi les documents qui décrivent sa conception, les recherches portant sur l'interface utilisateur, les discussions concernant l'identité graphique du logiciel, etc... C'est cependant le plus visible dans le code source, et c'est pour ça que le logiciel libre se focalise principalement sur la disponibilité du code source.

Il faut aussi savoir que la notion de programme informatique a été inventée par des scientifiques avant la création du premier ordinateur. Tu peux par exemple regarder le Lambda calcul, un langage de programmation théorique inventé vers 1930 !

Une fois que tu as compris que l'on peut assimiler un logiciel à de la connaissance (on ne te demande pas d'être d'accord (même si c'est évident ^^ ), mais de comprendre que l'on peut le penser), tu as la possibilité de comprendre le mouvement idéologique du logiciel libre. En effet, dans le logiciel, la plupart des gens (surtout les développeurs, mais à plus large échelle toutes les personnes impliquées dans l'informatique) sont bien conscientes de cette réalité. Ce n'est pas une idée spécifique aux défenseurs du logiciel libre, les ingénieurs/chercheurs de Microsoft, Google ou IBM le pensent sûrement eux aussi.
La différence vient ensuite : les militants du logiciel libre pensent que le savoir doit être partagé, communautaire. Les autres préfèrent cacher leur savoir, car ils pensent que c'est profitable (ça désavantage les concurrents, peut permettre de gagner plus d'argent, etc...). Les partisans du logiciel libre ont un point de vue plus proche de celui des scientifiques des instituts de recherche publique : le savoir doit être partagé et libre d'accès, et quand on partage les connaissances on peut progresser plus efficacement. Je vais justifier les deux points :

Le savoir doit être partagé, et c'est pour ça qu'on été mises au points les licences libres. Elles s'articulent autour de quatre libertés, chacune étant associée à une métaphore permettant de comprendre son utilité :

Ce partage des connaissances permet un progrès plus efficace : en effet, les règles du logiciel libre éloignent du modèle de développement commercial que l'on pourrait qualifier d'"individualiste" (parce qu'il met en avant l'affrontement de différents logiciels concurrents aux procédés secrets), et se rapprochent de celle du monde scientifique, plus "communautaire". On voit donc ainsi naître des initiatives de collaboration entre des logiciels libres concurrents (dans les logiciels libre il existe aussi des logiciels concurrents, qui se font plus ou moins la guerre. C'est même parfois plus fort que dans le monde propriétaire, puisque le libre encourage la diversité : on a donc souvent plusieurs logiciels pour faire la même chose), comme l'initiative Free Desktop (une plateforme de collaboration entre les différents environnements de bureau libre).

Non, ce n'est pas qu'un repère d'affreux socio-cocos révolutionnaires

Une autre chose qu'il faut remarquer est que le logiciel libre n'est pas qu'un lieu de rassemblement pour les communistes anarchistes syndicalistes anti-mondialistes alternatifs. On essaie souvent de coller cette image à leurs représentants, et c'est assez bidon.
En effet, c'est facile d'assimiler le logiciel libre, avec ses idées communautaires, avec des idées de Gauche. Sauf que politiquement, en pratique, les défenseurs et détraqueurs de ce modèle se trouvent partout, à droite comme à gauche.
D'ailleurs, le logiciel libre est parfois très proche du libéralisme.

Et du point de vue de l'industrie, c'est pareil : on assimile souvent le modèle du logiciel libre à celui du freeware, tout gratuit. Il est absolument essentiel de comprendre que le logiciel libre n'est pas forcément gratuit, et que les partisans du logiciels libres ne souhaitent pas faire disparaître tous les revenus (salaires, ventes, etc..) liées au logiciel, mais au contraire promouvoir des modèles économiques nouveaux (basés sur le service, l'innovation client-par-client, etc...), voire même une participation gouvernementale (l'Europe commence à s'intéresser aux logiciels libres en tant que service d'état), etc...
Je m'appuie sur des faits concrets : les développeurs de logiciels libres ne sont pas tous des ex-hippies à la retraite qui n'ont rien à faire de leur temps libre, et travaillent bénévolement. De nombreux développeurs de grandes boites commerciales travaillent pour des logiciels libres (IBM, Sun, Hp, Novell, Red Hat, Trolltech mais aussi Free par exemple) à plein temps ou à temps partiel, parce que ces logiciels sont utiles aux entreprises qui les emploient.

Et en pratique, c'est bien ?

Tu sembles avoir des doutes sur les qualités des logiciels libres. Le mieux que je puisse te conseiller, c'est d'essayer. Passer à des logiciels libres (ou à plus grande envergure, à un système libre, par exemple une distribution Linux) n'est pas forcément facile (cela change beaucoup tes habitudes, et il faut apprendre à se documenter), il faut donc être motivé.

Ce qui est sûr c'est qu'au niveau de la qualité, je ne pense pas que cela soit décevant. J'ai moi-même décidé de faire le saut il y a deux ans, et maintenant que je suis bien installé, je fais avec des logiciels libres exactement tout ce que je faisais avant, et même beaucoup plus (au niveau de la programmation en particulier c'est extraordinairement riche), et beaucoup mieux.
Une fois qu'on a commencé à apprivoiser le bureau KDE par exemple (un des environnements de bureau sous Linux) on est tellement habitué à ses fonctionnalités surpuissantes qu'on ne peut absolument plus s'en passer. Je souffre quand je me retrouve sous le Windows d'un ami.

Il est possible que dans certains domaines, les logiciels libres soient encore en retrait par rapports aux équivalents propriétaires. Personnellement ce n'est le cas dans aucun des domaines de l'informatique que je fréquente, mais j'ai entendu parler de deux cas : les personnes qui utilisent des outils de composition instrumentale propriétaires (Guitar Pro en particulier), et celles qui font des montages vidéos poussés (mais je sais que des outils sont en train d'apparaître dans cette branche, par exemple Cinepaint ou Kino). Dans ce cas, on est parfois obligé d'utiliser un logiciel propriétaire (ou alors tout simplement on peut choisir un logiciel propriétaire parce qu'on le trouve mieux. De nombreuses personnes utilisent par exemple Opera sous Linux (pas moi, çapucaypaslibre), alors que d'excellents navigateurs (Konqueror rokse) existent...).
De manière générale, la position la plus sensée et la plus communément acceptée est la suivante : à par principe je privilégie les logiciels libres, mais si l'équivalent propriétaire est mieux, c'est à dire s'il m'apporte un degré de confort vraiment supérieur, je peux choisir l'équivalent propriétaire é. Ce qui varie selon les personnes c'est ce "degré de confort" qui justifie à leurs yeux le choix d'un logiciel propriétaire : il est plus ou moins haut selon les gens; certains, pour une différence minime de fonctionnalités, vont passer à l'alternative propriétaire, et d'autres vont rester sous un logiciel libre (en essayant de l'améliorer s'ils le peuvent) jusqu'à ce que la différence les gêne vraiment (et dans ces cas là ils rouspètent à la moindre imperfection du logiciel propriétaire :p ).

Qu'est-ce qui m'a fait faire le switch, à moi, à la base ? (En effet je n'ai découvert les idées du logiciel libre qu'_après_ être passé à Linux, c'est un peu étrange mais c'est comme ça)

Un exemple frappant

J'ai remarqué que de nombreuses personnes n'arrivaient pas à me comprendre parce qu'en pratique elles n'avaient absolument aucune idée (ou alors une idée complètement fausse) de ce que c'est que la programmation, développer un logiciel, etc...
Si tu veux un exemple plus frappant, le mieux est de se tourner vers la Wikipédia (je pense que t'as déjà assez vu l'url dans mon post ;) ). Ce n'est pas un logiciel, mais c'est une encyclopédie qui reprend les principes du logiciel libre (par exemple la licence des articles est une licence de GNU, le principal système d'exploitation libre). Elle permet de constater en vraie grandeur une partie des avantages et des inconvénients du logiciel libre : juge la comme tu veux, elle a des avantages et des inconvénients, mais j'espère que tu as une idée de l'ampleur que permet le développement communautaire. C'est plus difficile de s'en rendre compte, mais une fois qu'on l'a fait, on trouve le phénomène du logiciel libre beaucoup, beaucoup plus considérable et impressionnant que juste la wikipédia.

Conclusion

J'espère que tu as un peu mieux compris les différents moteurs du logiciel libre. L'important c'est avant tout de comprendre le choix des autres, et non pas d'être d'accord soi-même : si suite à la lecture de ce texte, tu (ou tout autre lecteur) jette ton CD de windows vista par la fenêtre et décide de venir essayer KDE avec les gens beaux et intelligents, c'est très bien ^^ , mais si tu t'es contenté de comprendre un peu mieux les raisons et les réactions du logiciel libre, c'est déjà pas mal.